Leïla Chaïbi, au fil de la Tunisie : "Le Verrou"

Alors que Leïla Chaïbi va entamer le montage de son 5ème film produit par L'Image d'après, Gardien des mondes, qui a obtenu l’aide à la production documentaire de Ciclic, Ciel revient sur son précédent film, Le Verrou, coréalisé avec Hélène Poté où les réalisatrices explorent déjà la société tunisienne d’aujourd’hui. 

Leïla et Hélène nous emmènent à Tunis à la rencontre de trois femmes. Elles sont passées par le tasfih, qui signifie littéralement ferrage et qui désigne un rituel "magique" qui protège la virginité de la femme jusqu’au mariage. Houda, Faouzia et Mabrouka se livrent en toute confiance, avec pudeur et douceur aux réalisatrices. Chacune a une vision différente sur cette coutume et un vécu singulier face à ce rituel qui peut paraître « du Moyen-Age »  comme dit la plus jeune fille de Mabrouka qui refuse de devenir comme sa mère, une msafha

Une voix off et de belles séquences de fiction évoquent, tout le long du film, les étapes du tasfih qui doit se faire sur les fillettes avant l’âge de 12 ans. Une tradition, une « magie », qui existe encore dans certaines familles du Maghreb aujourd’hui. 

« Je suis un mur, le fils d’autrui est un fil. » A travers cette phrase scandée et à travers ce rite symbolique se joue un héritage social, voire religieux fort, qui, pour certaines, protège la femme qui pourra alors vivre sa vie, comme elle l’entend, sans se soucier du regard des autres, et sans avoir peur des hommes, ou qui, pour d’autres, montre l’image d’une femme tunisienne, qui est « déchirée et qui ne s’assume pas » comme dit Houda. 

En analysant ce rituel de virginité, ces trois femmes interrogent plus largement ce qu’est la liberté : liberté de quitter la Tunisie, liberté de « s’ouvrir » même avant le mariage, liberté d’être soi-même, liberté de s’affranchir des peurs et du regard des autres en étant "fermée", ou liberté de refuser les coutumes. Le film évoque aussi tout simplement le rapport à son corps et le rapport entre les hommes et les femmes en Tunisie.

Les réalisatrices nous interrogent sur notre propre liberté du corps. La sensibilité et la sincérité des témoignages nous touchent qu’on soit un homme ou une femme, de Tunisie ou d’ailleurs. Car au-delà de l'empathie que nous pouvons ressentir c'est de l'universelle féminité qu'il est question. Qu'est-ce qui constitue finalement notre féminité ? "Je suis un fil, le fils d’autrui est un mur". Le "charme" est rompu, te voilà donc maintenant une femme, "ouverte"... et libre ?